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Vendredi 26 décembre 2008






Contrairement aux autres années je n'ai pas vu venir Noël ou peut être ais-je trouver tous les subterfuges pour faire semblant de ne pas y penser. Je suis descendu dans ma famille. La veille de Noêl je le passais du côté de mon père chez ma cousine ... la plus proche. Grand absent du repas : mon père. Personne n'a osé m'en parler. Il régnait une ambiance assez bizarre, autour de la table je me sentais loin. Très loin d'eux. Aucun souvenirs ne fût remémorer, rien. Il n'y en avait que pour une de mes cousines que je déteste. Cette dernière est en couple avec un grand cardiologue qui lui à acheté un 4X4 pour Noël, et elle est enceinte de lui de surcroît, je vous laisse imaginer le genre de conversation "gniangnian" qu'il y a pu y avoir autour de la table.

Je les ai tous regardé, et j'ai compris pourquoi à l'âge de 15 ans j'avais fuit ma famille. Ce soir là pour moi ce n'était que des étrangers. Des gens avides qui connaissaient la vie de leur voisin sur le bout des doigts tellement la leur devaient être morne. Les blessures du passé ont refait surface. J'ai compris pourquoi je n'aimais pas Noël, parce que chez nous on "comptabilise les factures des repas" avant même de penser à "échanger" un semblant de fraternité. C'est vers minuit que je quittais la table écoeuré sans avoir profité du repas, en me promettant de ne pas les revoir avant un bon bout de temps. Ma cousine préférée aussi désoeuvrée que moi, connaissant mon esprit fêtard me proposa d'aller sur Montpellier pour aller danser. Je lui proposait la Villa Rouge, elle accepta immédiatement. La première fois que j'y étais allé, c'était pour fêter le réveillon 2007, et l'année qui avait suivi fût l'une des plus glorieuse de ma vie. Alors pourquoi ne pas recommencer à la veille de l'année 2009 ? Arrivé là bas, après quelques verres nous avons filer sur la piste de danse, sous les jets de canons à neige. Notre Noël était là... au milieu des corps dans la mousse. Un garçon bien mignon s'est approché de moi, c'était le photographe officiel de la soirée. Il s'appelait Fred. Nous avons discuter quelques instants, sa bouche se collait contre mon oreille. Il me proposait de passer la fin de la nuit chez lui. Je refusais le vexant certainement. Mais je n'ai plus envie...

Le lendemain après avoir très peu dormi, je me rendais au repas chez ma mère. Je n'avais pas vu ma grand mère depuis un an. Elle marchait difficilement. Autour de la table nous n'étions que quatre et j'eu une pensée pour mon grand père, et deux de mes oncles décédés. Les chaises vides autour de la table sont une chose que je regarde avec angoisse, elles nous rappellent que nous ne sommes pas grand chose sur terre.
Il y avait la chaise vide d'Enzo que j'ai regardé toute l'après midi. Je n'ai fait que penser à lui. Il me manquait terriblement. J'avais envie qu'il me prenne dans ses bras et me ramène chez nous. Mais "nous" est devenu "Je". Alors j'ai affiché mon plus beau sourire à ma grand mère. J'ai rassuré ma mère en lui disant que j'étais en pleine forme. Tout le monde m'a dit que j'avais bonne mine, personne n'a vu que j'allais mal. J'ai pris le train tôt dans l'après midi parce que je ne pouvais plus tenir. Derrière la vitre du train, j'ai regardé ma ville natale s'effacer sous un épais brouillard blanc. J'ai regardé s'effacer cette ville que j'ai tant déteste, avec mon enfance incomplète et des visages brouillés dans ma tête. J'ai pensé à mon père, et à ma famille. J'ai compris pourquoi parfois j'étais autant mélancolique. J'ai l'impression de  venir de nulle part. Les liens du sang ne suffisent plus pour que je continu à les aimer en cachette. L'homme que je suis aujourd'hui n'est construit que par la force que j'ai trouvé en moi, pas en eux. Je ne suis pas le reflet de cette famille, j'ai tout fait pour ne pas leur ressembler, et si je me sens aujourd'hui étranger, aussi perturbant que cela puisse être, je suis fier de ma différence. Ça ne m'a pas empêcher d'être triste sur le chemin du retour parce que je voyais la vie autrement quand j'étais enfant...

Une fois arrivé à la maison j'ai appelé Enzo. Il m'a dit que son premier Noël sans moi l'avait tracassé. Nous avons échanger quelques banalités, lui non plus n'a même pas entendu que je pleurais au téléphone. J'ai toujours été maître de la simulation, et de cacher mes sentiments avec lui comme avec ma famille.

Aujourd'hui en étant vraiment célibataire, libre de toute contraintes et engagement, j'arrive à faire le point enfin. Je cherche  souvent des réponses dans mon passé et mon enfance. Malheureusement je ne pourrais jamais trouver réellement ce qui à fait de moi une personne aussi émotive. Tant de fois j'ai voulu me rapprocher de ma famille, mais le temps et les blessures n'y arriveront jamais. La relation avec mon père n'évoluera que je jour ou je souhaiterais faire le premier pas avec lui, sans quoi, je sais qu'il ne me contactera jamais. Je n'y suis pas prêt et ne le serais certainement jamais.  J'accepte d'arrêter de me faire souffrir en attendant que le téléphone sonne les jours de grandes occasions. Qu'il soit mort serait certainement plus facile plutôt que d'essayer de savoir ce qui se passe dans sa vie, ou s'il pense à moi de temps en temps.

J'ai le sentiment d'être encore amoureux d'Enzo. Le garçon que j'ai aimé si fort, si longtemps.
Chaque matin au réveil depuis quatre mois c'est à lui que je pense. Il a réalisé mes rêves d'enfants. Dans ses yeux j'y ai tant de fois vu l'amour. J'ai cru que je l'aimerais toute ma vie. Je me sentais fort à ses côtés. Je ne veux voir que ce qui était beau. J'oublie ses absences qui ont fait de moi tant de fois "celui qui reste".
J'oublie mes mensonges et la peur de lui parler au point de m'être enfermé dans une vie ou il n'y avait plus que moi. J'oublie que c'est souvent moi qui me battait pour que cela tienne et que le jour ou trop fatigué j'ai baissé les bras, nous nous sommes quittés... comme deux amis.

Comme me l'a dit TTo la dernière fois. Je devrais commencer par ce que je veux et ce que je ne veux plus.
Malheureusement ce n'est pas aussi facile que ça. J'aimerais tirer un trait au milieu d'une feuille et y placer de chaque côté les éléments de ma vie.

Je sais aujourd'hui que je ne veux plus m'investir dans une relation amoureuse.
Je voudrais aussi relativiser en essayant de ne plus me punir.
Je voudrais penser à moi et à mon bien être.

Le chemin est encore long. Aujourd'hui j'ai pris conscience qu'il n'y a que moi qui peut me construire.
Ce n'est pas en me noyant dans une relation que j'oublierais Enzo. Il va me falloir beaucoup de temps. Le vrai problème c'est que je ne me donne pas de répit. Parce que j'ai peur, peur du temps qui passe. Peur de ne jamais avoir assez de temps. 2008 est sur le point de mourir est c'est avec plaisir que je compte les jours. Qu'avec lui s'en aille les étapes bien trop difficiles qui m'ont rendu aujourd'hui si fragile.

Je ne perds pas espoirs. Chaque jour est un jour différent désormais.
J'apprends à vivre sans les personnes que j'ai tant aimé.
Je vis avec la famille que je me suis composé. Mes amis.
Je partage avec eux nos doutes. Nos rires.
C'est avec eux que j'ai décidé de rythmer l'année 2009.
Parce qu'avec tout ce que nous avons traversé...

Nous y aurons droit au bonheur.


Publié dans : IN-OUT Journal 2008
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